19.02.24

J’ai commencé par rouler quelques kilomètres, puis me suis arrêté sur un bas-côté inhospitalier quelque part sur la route de Trévoux, dans l’obscurité froide et mouillée de cette fin de février. Je sentais une tension fébrile m’envahir suggérant qu’une pause, malgré le peu de distance déjà parcourue, devenait impérative. Je me suis rangé accompagné du métronome des clignotants et ai arrêté le moteur, tremblant. La boule apparue au fond de mes tripes s’est mise à enfler, grossir, remonter mon abdomen puis étouffer ma gorge. Et je me suis noyé dans le flot des larmes, explosant tel un orage silencieux troublé de sanglots. Je venais d’ouvrir sans le savoir le livre de l’une des histoires les plus tristes de ma vie. Je l’écris encore aujourd’hui, désespérément à la recherche d’un chapitre final.

Le sous-marin

Collision

Je suis là, étendu sur la route, sorti de ma torpeur par d’affreuses souffrances qui me lardent le corps. Mouvements impossibles tant le sentiment d’être broyé, déchiré, lacéré, inhibe toute tentative, toute volonté de bouger. De réagir. De vivre, presque. Autour de moi dans l’obscurité, tout n’est que fracas. Débris, tôles, verre brisé, faibles flamèches autour d’objets indistincts qui se consument. Stupéfaction, sidération, douleur. Est-ce que je vis encore ? Est-ce déjà l’autre côté ? Il ressemble tellement à l’enfer sur Terre que l’idée que c’est toujours la vie s’insinue à nouveau lentement. Que m’est-il arrivé, tout était pourtant encore si confortable il y a si peu, et je sens maintenant la vie m’abandonner sans même la volonté de m’accrocher à cette minuscule lueur que je vois encore flotter devant moi, dans ce brouillard de souffrance.

La peur du dehors

La chute impossible

Comprendre

Convalescence

29.09.25

8 h 55. Assis au bord du canapé. Pas franchement prostré mais quelque chose du genre, l’énergie manque pour le définir plus précisément. A mes pieds, couché sur son tapis, le chien respire doucement et donne à la scène une curieuse impression de tranquillité. Dans 5 minutes je devrais être au bureau, mais les 3 kilomètres qui m’en séparent rendent illusoire l’espoir de pouvoir encore être à l’heure. Face à moi, le verre sur la table basse. Déjà servi trois fois, vidé d’autant. Un pineau des Charentes, ni bon ni mauvais mais qui a pour l’instant surtout servi en cuisine. J’aurais souhaité quelque chose de plus fort tant cette matinée a débuté sous de mauvais auspices. Mais le bar est vide depuis longtemps et ne restent que quelques expédients dont il faut se contenter. Une journée qui commence par le fameux « bas » de la non moins fameuse locution « des hauts et des bas ». Vague impression de voir ces derniers temps plus de bas que de hauts, mettant à mal l’image de montagnes russes dans lesquelles un bas alterne nécessairement avec un haut avant de replonger vers une pente démoniaque.
Quitter la douce chaleur de la couette a été la première épreuve. Envie de se recroqueviller, de redevenir un foetus inconscient dans son confortable milieu aquatique à l’abri du monde. Et pourtant. Il va falloir, comme chaque jour, s’habiller puis se mettre en route. Quelle que soit la route. Les dimanches sont aussi difficiles que les lundis. Un café pour se donner encore quelques minutes de répit. Puis un deuxième, et le troisième, jusqu’à six. S’habiller, alors. C’est le signal pour le chien. Il sait qu’on va sortir, lève la tête, puis le corps tout entier et s’ébroue ; ça y est, il prend le relais et c’est désormais sa motivation qui va nous animer tous les deux. Ce que je suis incapable de faire ce matin pour moi-même, c’est pour lui que je vais le faire. Sortir. Marcher. Rejoindre le bureau. C’est sa sortie matinale, accompagnée de l’ensemble de ses rituels : renifler le plus de centimètres carrés possibles, marquer inlassablement d’un petit jet d’urine les traces des congénères qui l’ont précédé, zig-zaguer du mur à la bordure du trottoir pour ne rien manquer, traquer les miettes qui traînent au sol et jeter de temps à autres un regard en arrière pour s’assurer que je suis toujours là. J’adore ce regard, à la fois inquiet et protecteur, qui signifie que je suis là pour lui et qu’il est là pour moi.
Nous sommes lancés, une nouvelle journée commence. Et comme nombre d’entre elles depuis trop longtemps, elle est à la fois porteuse d’espoir et d’angoisse.